Originaire de Suisse, et initialement race de travail, le Bouvier Bernois est un chien au caractère doux et jovial. Ce « nounours » à la robe tricolore caractéristique est un compagnon idéal pour toute la famille, s’adaptant à différents environnements de vie.

Malgré ses traits robustes, le Bouviers Bernois fait partie des races de chiens prédisposées aux cancers dans leur ensemble. Ainsi, selon une récente étude épidémiologique, près de 6 Bouviers Bernois sur 10 vont décéder d’un cancer. Le cancer est ainsi, et de loin, la première cause de mortalité tout âge confondu dans cette race.

Sarcome histiocytaire disséminé : le talon d’Achille du Bouvier Bernois

Le sarcome histiocytaire est un cancer ayant pour origine la prolifération de cellules du système immunitaire appelées histiocytes/macrophages. Une prédisposition familiale a été mise en évidence chez le Bouvier Bernois, mais l’origine polyallélique/polygénique rend son dépistage difficile.

Deux formes cliniques principales sont décrites chez le chien : la forme localisée, pouvant toucher n’importe quel organe, mais atteignant particulièrement les zones périarticulaires des membres et la peau, et la forme systémique/disséminée, touchant plusieurs organes internes en même temps (nœuds lymphatiques, foie, rate, poumons…).

Le sarcome histiocytaire disséminé, au pronostic très sombre, est rarement diagnostiqué chez le chien… A l’exception notable de certaines races particulières ! Ainsi, le Bouvier Bernois est clairement LA RACE prédisposée au sarcome histiocytaire disséminé. Ce cancer semble également toucher préférentiellement d’autres races, de manière plus rare, tels les Golden Retriever et les Rottweilers.

Selon une récente étude épidémiologique, sur une population de 65 Bouviers Bernois décédés d’un cancer et ayant eu un diagnostic morphologique de certitude, 23 sont décédés d’un sarcome histiocytaire, soit 35% de la population. Reformulés, ces chiffres signifient qu’un Bouvier Bernois sur 3 est décédé d’un sarcome histiocytaire dans cette population.

Différentes formes de sarcomes histiocytaires disséminés sont décrites, en fonction du type d’histiocyte/macrophage à l’origine de la prolifération tumorale (forme hémophagocytaire…). Le comportement biologique de ces cancers reste très agressif, et globalement réfractaires à la chimiothérapie, aux thérapies moléculaires ciblées ou à l’immunothérapie.

Une chimiothérapie à base de lomustine, seule ou associée à la doxorubicine, sans utilisation de corticoïdes, restent actuellement le standard de traitement des sarcomes histiocytaires disséminés chez le chien. Des traitements de support permettent de limiter au maximum les effets secondaires de la chimiothérapie, afin de privilégier une vie de qualité.

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Dr David SAYAG, DMV, dipl. ECVIM-CA (Oncology), Vétérinaire Oncologue – Diplômé du Collège Européen Vétérinaire de Médecine Interne, spécialité Oncologie des animaux de compagnie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chimiothérapie intraveineuse chez Basile, un bouvier bernois de 6 ans

 

 

Le dépistage : la meilleure arme contre le sarcome histiocytaire disséminé chez le Bouvier Bernois

 

A- Outil génétique d’aide à la sélection (indice génétique)

Des facteurs génétiques ont pu être identifiés grâce au travail d’une équipe de recherche Française (équipe du Pr André, CNRS de Rennes), et permettent maintenant de définir 3 niveaux de risque de développer la maladie. Ce test génétique est actuellement en période d’évaluation chez les éleveurs, et peut se réaliser chez Antagène.

 

B- Dépistage systématique des Bouviers Bernois à partir de 4 ans

A partir de 4 ans, un dépistage systématique pour la recherche d’un sarcome histiocytaire par imagerie (radiographies thoraciques, échographie abdominale) et analyse de sang (numération-formule sanguine, biochimie plasmatique, dosage de certains marqueurs spécifiques au besoin) est recommandé tous les 6 mois. En effet, selon une étude évaluant l’impact de ce dépistage sur la survie attendue, la détection précoce d’un sarcome histiocytaire disséminé permet de prendre en charge plus rapidement la maladie, et ainsi d’observer des médianes de survie proche de 8 mois, soit presque le double que ce que rapporte les études historiques avec ou sans chimiothérapie associée.

 

C- Surveillance étroite des Bouviers Bernois ayant eu une pathologie articulaire

Selon deux études distinctes, un historique de pathologie articulaire quel qu’il soit (rupture du ligament croisé cranial du genou, toute forme de dysplasie du coude, arthrose dégénérative) semble être un facteur de prédisposition au développement d’un sarcome histiocytaire péri-articulaire et d’un sarcome histiocytaire disséminé. Le rôle de la persistance d’une inflammation chronique dans le développement du cancer semble à l’origine de ce facteur de risque, et les chiens ayant reçu sur une longue durée un traitement anti-inflammatoire et/ou chondroprotecteurs ont d’ailleurs un risque plus faible de développement de la maladie.

Chez les chiens ayant eu une pathologie articulaire dans le passé, le dépistage tous les 6 mois est recommandé quel que soit leur âge.

 

 

Pour aller plus loin

[1] A. Ruple and P.S. Morley.  Risk Factors Associated with Development of Histiocytic Sarcoma in Bernese Mountain Dogs. J Vet Intern Med. 2016 Jul-Aug; 30(4): 1197–1203.

[2] Michael KlopfensteinJudith HowardMenga Rossetti, and Urs Geissbühler. Life expectancy and causes of death in Bernese mountain dogs in Switzerland BMC Vet Res. 2016; 12: 153.

[3] Nielsen LNMcEvoy FJessen LRKristensen AT. Investigation of a screening programme and the possible identification of biomarkers for early disseminated histiocytic sarcoma in Bernese Mountain dogs. Vet Comp Oncol. 2012 Jun;10(2):124-34.

[4] L. van Kuijk, K. van Ginkel, J.P. de Vos, M.J. Brearley, J. Butinar, I. Gielen, E. van Garderen, K. Chiers, P.S. Verhoeven. Peri‐articular Histiocytic Sarcoma and Previous Joint Disease in Bernese Mountain Dogs. J Vet Intern Med. 2013 27(2): 293-299.

 

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